Un peu las d'une semaine sous pression pour cause d'une grosse consultation. Un peu las de l'Internet Mondial comme dit ma charmante HDA, de la vacuité de Twitter, des copier-coller en boucle de liens dans Facebook. Fatigué des mêmes blablas sur la TV entre la grippe A et le débat puant sur l'identité nationale. Alors retour aux sources, aux bases qui n'ont rien de virtuelles : le cinéma, la littérature, les images, la pop et le rock.

Come back sur les Beatles et télescopage avec Daniel Johnston (ma précédente note). Une de mes grandes me demande ce que j'écoute. Là, maintenant ? Joe Jackson. Ballade sur Youtube histoire de lui montrer sa tête qui n'a pas changé depuis 25 ans. Curieux Pierrot au visage échappé d'un film des années 50, le cheveux rare sur le front… Stepping Out :

Come back donc. De la pop. Dure et pure. Rediffusion :

- + -

JJ(1954-)


La musique rythme nos vies. Comme au cinéma, j’ai une BO qui accompagne chaque instant de mon existence. Dès fois, je me souviens des titres, des fois non.

1979, je suis avec C. Elle partagera une partie de ma vie, surtout une vie artificielle d’étudiant au soleil, à Aix-en-Provence. Elle sera ma première épouse. Nos goûts convergent vers les chanteurs et groupes à claviers : Billy Joël, Elton John, Randy Newman, Supertramp… Look Sharp ! de Joe Jackson débarque sur ma platine en même temps que Zappa, Cheap Trick et d’autres groupes un peu plus agités que C. n’aime pas. Des vies trop décalées (À l’époque, je suis ingénieur à EDF, elle musicienne ; deux planètes…) et des divergences de goûts et d’intérêts de plus en plus marquées usent notre couple.

Été 87, fin de l’histoire. Divorce. Bande son : Night And Day acheté à la Fnac de Dijon, où je suis parti de me changer les idées chez mon père. Je redécouvre alors Joe Jackson. Chinatown résonne dans les écouteurs de mon Walkman, je flâne dans les parcs de la cité de la moutarde, je fais des sourires aux filles bronzées, m’installe aux terrasses des cafés près de la cathédrale et dessine les ruelles sur mon carnet de croquis. Je fais mon deuil d’un grand amour. Retour à Paris. J’achète Will Power, un opus symphonique pour grand orchestre que j’écoute dans le noir. Fin de ma déprime.


Finalement, je crois que je n’aime pas trop le brut, le hard. Disons, un peu de temps en temps et c’est peut-être pour cela que j’ai décroché sur le Punk. J’ai plutôt un faible pour les sons un peu travaillés et surtout les claviers. Synthés pompeux à profusion d’un Keith Emerson ou d’un Rick Wakeman, clavier jazz-rock d’un George Duke chez Zappa, orgue rock-swing-gospel d’un Ray Manzareck, clavier heavy-Bach d’un Jon Lord, mellotron rock-triste de Brian Jones, piano rock-bar d’un Randy Newman ou d’un Billy Joël, Fender pop-crécelle d’un Roger Hodgson, clavier propre d’un Elton John…

Et puis, là, à part, il y a le piano de Monsieur Joe Jackson. Le piano rock indiscutable (ah si, il y a quand même un autre fou, Jerry Lee Lewis, peut être en parlerai-je un autre jour).

joe_jackson_piano


Je ne suis pas journaliste musical et je n’ai donc pas le vocabulaire pour parler de la musique de Joe Jackson, de ses arrangements savants de simplicité, de ses mélodies aériennes, de ses télescopages harmonieux de maracas, de nappes de cuivres, de violons saccadés et violoncelles mélancoliques, de ses chœurs planants, de ses rythmiques qui construisent ses ritournelles ou d’un simple triangle qui parfois fait tout. Non, je ne travaille pas à Rock&Folk.

J’aime tout simplement. Joe Jackson ne me quitte plus depuis plus de 25 ans et accompagne ainsi ma vie. Sa discographie est brillante (il y a peu de ratés). Un peu comme Zappa, il a balayé plusieurs ambiances, rock, pop, jazz, classique, latino… Et comme Zappa, c’est mon autre maîtresse musicale, j’y reviens toujours.


Je l’ai vu en 1997, dans une petite salle sur les boulevards. C’était une sorte de Unplugged, comme sur MTV. Lui et quelques musiciens en configuration simple. Il a joué son nouvel album Heaven & Hell, puis en deuxième partie a enchaîné tous ses succès, comme ça, entre amis, en toute simplicité. C’était magique. J’étais au premier rang, tenant la main de V. près de moi. V. la mère de mes enfants…

Première diffusion, ici, le 4 avril 2005 sur 20six.

- + -