Pourquoi Nicolas Sarkozy ne sera-t-il probablement pas ré-élu ?

Je vous propose un théorème de ma sauce qui dit :


«Soit X un candidat qui se présente aux élections présidentielles. Si X n'a pas conduit et dirigé la politique de la France juste avant, alors il peut être élu. Inversement si X ne remplit pas cette condition, il a une très forte probabilité de ne pas être élu».


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Démonstration mi-fallacieuse, mi-scientifique, mi-ce que vous voulez… Depuis la création de Ve République nous avons 8 élections au suffrage universel direct à observer. Ma démonstration est mi-fallacieuse car j'exclus du champ de démonstration de ce théorème les deux premières élections. Explications :
En 1965, lors de la première élection au suffrage universel les Français découvrent le système : le duel gauche/droite et l'arrivée de la télévision dans le débat politique. De Gaulle, président sortant est élu. Mais pas ré-élu car il a élu en 1962 par un collège de grands électeurs. Si il a donc un bilan à défendre, il n'a pas de comptes à rendre sur les promesses électorales d'une précédente campagne. C'est ici que se situe la nuance…
En 1969, les Français choisissent entre "bonnet blanc ou blanc bonnet" comme le dit Jacques Duclos (PCF) en ne donnant pas de consigne de vote pour le second tour ; un scrutin avec un total de plus de 35 % d'abstention et de bulletins blancs, le record absolu à ce jour. Peut-on alors parler de vrai suffrage universel ? Pompidou, premier ministre de De Gaulle qui a démissionné, est élu face à Alain Poher dans un combat droite ou droite…

Passons donc en revue les précédentes élections :

1974. Giscard est élu. Si il a bien été le ministre des finances de Pompidou, il n'en a pas pour autant conduit et dirigé l'action du gouvernement. Il remplit donc la condition.

1981. Mitterrand est élu. Il remplit également la condition contrairement à Giscard qui doit rendre compte de son septennat et de ses promesses de 1974.

1988. Mitterrand est ré-élu et remplit toujours la condition. Et pour cause, il sort d'une cohabitation et n'a donc pas le bilan de la conduite de la France à défendre. Chirac s'y colle et perd…

1995. Chirac est élu en remplissant la condition. Certes la droite était aux affaires, mais il n'a pas à défendre un bilan contrairement à son concurrent Balladur qui ne sera pas au second tour.

2002. Chirac est ré-élu. Comme Mitterrand en 1988, il bénéficie de la cohabitation et remplit la condition. Son challenger, Jospin qui a le bilan à défendre n'est pas au second tour.

2007. Sarkozy est élu et remplit également la condition. Comme Giscard en 1974, si il a été ministre du gouvernement sortant, il n'a pas dirigé et conduit l'ensemble de la politique.

Cette observation des précédentes élections montre simplement que tout candidat ayant dirigé les affaires du pays (président ou premier ministre) juste avant les élections n'a jamais été élu ou ré-élu, voire disqualifié pour le second tour (Balladur ou Jospin).

france-politics-exhibition-diaporamaSarkozy et Giscard, même victoire... et même défaite ? Sarkozy est le deuxième président de la Ve République, après Giscard, à se représenter après avoir dirigé les affaires du pays tout le long de son mandat. Comme Giscard, Sarkozy est élu en 2007 par l'effet nouveauté. Il est encore jeune, cash et utilise avec génie les médias. Giscard en 1974, opère également de cette rupture : jeunesse, modernité de ton et assez habile avec les médias ; sa formule "vous n'avez pas le monopole du cœur" face à Mitterrand lors du débat du second tour de 74 est entrée dans les annales de la communication électorale. Tous les deux, à leur façon, proposent une modernisation de la vie politique, l'un en rupture avec les années Pompidou et de Gaulle, l'autre avec une Chiraquie ronronnante.
En 1981, Giscard se présente avec un bilan plus que mitigé. La France a subi une grave crise avec les chocs pétroliers, le chômage a grimpé et son fidèle premier ministre, Raymond Barre, aura conduit des politiques de rigueur et d'austérité. Le septennat de Giscard se termine sur fond d'affaires, une escroquerie rocambolesque (les avions renifleurs) et la sale histoire des diamants de Bokassa. Il a un faible capital sympathie chez les jeunes qui vont voter pour la première fois*. Mitterrand fera une partie du plein de ses voix avec cette nouvelle génération qui enfantera le bébé de 1988...

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Je l'ai déjà écrit ici, Sarkozy est dans la même configuration que Giscard en 1981 : bilan discutable, premier ministre usé jusqu'à la corde et chapelet d'affaires. En face il a une gauche plus que jamais soudée. Il essaie de refaire une campagne façon 2007, mais curieusement il tente également les mêmes ficelles que Giscard en 1974 (un slogan quasi identique, "La France forte") et celles de Mitterrand en 1988 puisqu'il vient d'adresser une lettre au peuple français. Au regard de l'observation des précédents scrutins et du climat actuel on peut alors douter que le mayonnaise prenne. En 1988, Mitterrand avait l'avantage de la cohabitation, une forme de sagesse et d'incarnation du président qui préside - autre effet cohabitation - et encore, et surtout, un fort capital sympathie chez les jeunes. Ce que n'a absolument pas Nicolas Sarkozy. Génération Sarkozy, on voit mal…

Generation sarkozy

Une élection présidentielle n'est en rien une science exacte, mais peut être vue comme une science molle basée sur les observations historiques et les comportements. C'est pour cela que je conclue comme le titre : Nicolas Sarkozy ne sera probablement pas ré-élu…

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Bon dimanche !

* Giscard a abaissé l'âge de la majorité à 18 ans en 1974. Et une grande partie de ces jeunes majeurs l'a ainsi remercié en 1981 en votant Mitterrand…