L'AACC va prendre position contre l'abstention au travers de campagnes réalisées par 9 agences. Ces campagnes, déjà visibles sur l'Internet (www.aaccvote2012.fr), s'exposeront en presse, TV, radio et affichage à partir du 25 mars. Je ne peux que me réjouir de cette initiative à double effet : rappeler la nécessité de voter et montrer que la publicité peut avoir aussi un rôle sociétal en plus d'être un rouage de l'économie et de la croissance.
Parmi les 9 campagnes présentées, j'ai une nette préférence pour celle signée par Being. Je ne sais pas si il y avait une volonté ou pas de la part de ses créateurs, mais certains visuels soulèvent en creux un autre problème. Je m'explique.

AACC_VOTE_BEING_PAYSAGE_5

Pourquoi des Français s'abstiennent de voter ? J'évacue ceux qui ont un désintérêt «absolu» de la vie politique et le manifestent en n'étant pas inscrits sur une liste électorale. Ces irréductibles sont très minoritaires. En fait la presque totalité des Français en âge de voter est inscrite : pour les présidentielles de 2007, nous étions plus de 44 millions d'inscrits pour une population de 61,8 millions dont 24 % avait moins de 20 ans. On peut aussi imaginer des abstentionnistes «paresseux» ou «fatalistes» convaincus que les autres iront voter pour leur candidat et que finalement c'est joué d'avance. Je ne suis par sûr qu'ils soient si nombreux…

Il y a clairement un désamour croissant de l'intérêt des Français pour la vie politique. Ou plutôt pour les hommes et les femmes politiques. La campagne présidentielle actuelle est d'un niveau assez médiocre et comme je le soulignais dans mon précédent billet, il s'agit dans la forme d'une campagne de circulation de détails, de micros phénomènes, d'avalanche de tweets et pour le fond, d'une succession d'effets d'annonces, de mesures sorties du chapeau pour X, de positions variables pour Y, voire rien du tout pour Z, sans parler des cas ou X à les mêmes idées de Y et inversement. Comment alors faire un choix raisonné ? Là où la personnalité finit probablement par l'emporter plus que le programme. Surtout au second tour.

La grande enquête qu'il conviendra de faire un jour, et le plus sérieusement du monde, sera de savoir pourquoi 15 à 20 % des Français, alors qu'ils sont inscrits, ne votent pas, et plus particulièrement au second tour de la présidentielle. Si la réponse majoritaire venait à être «je ne voulais voter pour aucun des 2 candidats», alors cela acterait tout simplement qu'aucun président de la V République élu au suffrage universel n'a eu l'accord de la «majorité» des Français inscrits sur les listes.

Le Code électoral est ainsi fait que se rendre au bureau de vote le jour du second tour des présidentielles, c'est pour voter obligatoirement pour un des 2 candidats, puisque les bulletins blancs ne sont pas comptés. C'est donc effectivement ouvrir sa gueule et fermer l'enveloppe. Si c'est pour se taire, alors, hélas, autant s'abstenir…

AACC_VOTE_BEING_PAYSAGE_3
Changer le Code électoral en tenant compte des votes blancs et/ou en rendant le vote obligatoire changerait-il les élections présidentielles ?

En France, le vote est obligatoire mais non forcé. L'article L9 du Code électoral dit : L'inscription sur les listes électorales est obligatoire, mais aucune sanction n'est prévue. Votre carte d'électeur vous rappelle simplement que voter est un droit, c'est aussi un devoir civique. Selon Wikipédia, en Europe, le vote est obligatoire en Belgique, au Luxembourg, en Italie, en Grèce et dans certains cantons en Suisse. Les sanctions sont variables, de l'amende à des difficultés pour certaines formalités.
Si on rend le vote obligatoire, est-ce que cela implique alors la prise en compte des bulletins blancs ? C'est le cas en Uruguay d'après Wikipedia. Concernant le compte des bulletins blancs, toujours selon Wiki, la Colombie, le Brésil et le Pérou en tiennent compte. Mieux, au Pérou lorsque deux tiers des électeurs votent blanc, le scrutin est annulé.

 Alors oui ou non, pour compter les bulletins blancs, vote obligatoire ou pas ? Les deux mon Général. Depuis 1965*, si on compte les votes blancs au second tour, tous les présidents sont élus avec plus de 50% des voix des votants. Sauf Jacques Chirac en 1995 qui n'a que 49,5 %. Le mérite du oui serait d'installer une épée de Damoclès au dessus de la tête des candidats : cette obligation faite de convaincre et séduire vraiment plus de 50 % de tous les Français qui se rendront aux urnes. Une obligation véritable de rassemblement, puisque c'est le sacerdoce de tout candidat à la présidentielle. Et ce rassemblement passerait certainement et encore plus par des propositions, des discours, des postures et des comportements qui parlent vraiment au Français.

Mais là, je m'égare et rêve d'une véritable révolution de la vie politique française.

votez_blanc_0

* Sauf 2002 dont le résultat est largement artificiel pour les raisons que tout le monde sait ; c'est pour ça que je ne l'ai pas intégré dans mon petit tableau :

Image_2•••
Bon dimanche !