Imposture chez Cartier
À la Fondation Cartier, pour être plus précis.
Les fins de journées d'été sont parfois propices à des escapades culturelles. Cette semaine je suis allé me perdre parmi les pièces monumentales de César.
Il se trouve que j'aime de travail du sculpteur César. Est-ce parce qu'il faisait de l'art en recyclant des vieilles bagnoles, de la ferraille ou en triturant des polymères et autres résines ? C'est probablement les restes de mon passé d'ingénieur et artiste refoulé recyclé dans la réclame qui font que j'ai une tendresse particulière pour ce type du Midi, que j'avais eu la chance de faire interviewer, filmer et photographier par Arnaud Joubin au tout début des années 90 dans le cadre d'un documentaire que je produisais pour un client opérateur du traitement des ordures de Paris.

César par Arnaud Joubin - 1991
Jean Nouvel est l'instigateur d'un mini expo à la Fondation Cartier des œuvres les plus connues de César : ses compressions, ses expansions et ses pouces. Je dis mini expo, car la tailles des pièces exposées dans l'espace assez réduit de la Fondation font que, même si le parcours est fort agréable – et probablement unique, car ce n'est pas demain que l'on reverra autant d'œuvres de César en un même lieu -, on reste un poil sur sa faim. J'avoue que j'aurais aimé voir un peu plus de ses pièces les moins connues, comme ses petites sculptures et autres objets faits de soudages et d'assemblages de récupération de bouts de tôles, vis, écrous…
En fait ce type faisait de l'art durable. Sauf quand le matériau ne s'y prêtait pas…

Dans le jardin en friche, derrière la Fondation Cartier, Jean Nouvel a installé une sculpture monumentale Un mois de lecture des Bâlois. Comme son nom l'indique, une fois qu'on a l'œuvre sous les yeux, il s'agit d'un empilage monumental de tout le papier, imprimé, acheté, distribué, lu et jeté dans la ville de Bâle. En un mois. Cette méga compression (80 balles de papiers écrabouillés) date de 1996.
En arrivant je lui ai trouvé un aspect très jauni. Normal, 12 ans d'âge… Puis au détour d'un bloc mon œil fut attiré par un détail :

Puis ça :

Je suis retourné vers le petit écriteau installé près de l'œuvre - et des extincteurs, dès fois d'un plaisantin décide faire un feu de joie – et j'y ai lu : «Installation monumentale et éphémère réalisée par César et revisitée par Jean Nouvel…».
J'avoue que cela m'a laissé perplexe. Fallait-il recomprimer des paquets pour «refaire» une œuvre «éphémère» ? Je me prends rarement la tête avec le sens et la signification profonde des œuvres, le pourquoi et le comment des choses – j'aime, ou je n'aime pas, avec mes yeux, mes neurones qui pétillent, voire mes tripes et cela ne va plus loin - mais là, sur ce coup, je me suis dit que Jean Nouvel avait été un peu loin.

Jean Nouvel a «banalisé»l'œuvre de César en la simplifiant d'un coup, puisqu'il suffit d'écrabouiller des TV Mag et autres dépliants Carrefour récupérés certainement chez les gros rotativistes, quasiment la vieille de l'ouverture de l'exposition (le 8 juillet)…
Le lendemain, on m'a raconté l'histoire de Berlusconi qui a fait cacher le sein d'un femme représentée sur l'œuvre de Tiepolo qui sert de toile de fond à la salle de presse du Conseil italien. Cela faisait désordre sur les photos prises pendant les conférences. Un coup de peinture sur l'œuvre, et hop… C'est du même tonneau.
Comme moi, quand je prends un vieille photo d'art des années 50 et que j'y colle 2 bulles à la con.
Moi, je vous dis, l'Art part en couille.
•••
César
Anthologie par Jean Nouvel
8 juillet – 26 octobre 2008
à la Fondation Cartier