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Derrière le Paravent Suèdois
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8 août 2008

Imposture chez Cartier

À la Fondation Cartier, pour être plus précis.

Les fins de journées d'été sont parfois propices à des escapades culturelles. Cette semaine je suis allé me perdre parmi les pièces monumentales de César.

Il se trouve que j'aime de travail du sculpteur César. Est-ce parce qu'il faisait de l'art en recyclant des vieilles bagnoles, de la ferraille ou en triturant des polymères et autres résines ? C'est probablement les restes de mon passé d'ingénieur et artiste refoulé recyclé dans la réclame qui font que j'ai une tendresse particulière pour ce type du Midi, que j'avais eu la chance de faire interviewer, filmer et photographier par Arnaud Joubin au tout début des années 90 dans le cadre d'un documentaire que je produisais pour un client opérateur du traitement des ordures de Paris.

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César par Arnaud Joubin - 1991

Jean Nouvel est l'instigateur d'un mini expo à la Fondation Cartier des œuvres les plus connues de César : ses compressions, ses expansions et ses pouces. Je dis mini expo, car la tailles des pièces exposées dans l'espace assez réduit de la Fondation font que, même si le parcours est fort agréable – et probablement unique, car ce n'est pas demain que l'on reverra autant d'œuvres de César en un même lieu -, on reste un poil sur sa faim. J'avoue que j'aurais aimé voir un peu plus de ses pièces les moins connues, comme ses petites sculptures et autres objets faits de soudages et d'assemblages de récupération de bouts de tôles, vis, écrous…

En fait ce type faisait de l'art durable. Sauf quand le matériau ne s'y prêtait pas…

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Dans le jardin en friche, derrière la Fondation Cartier, Jean Nouvel a installé une sculpture monumentale Un mois de lecture des Bâlois. Comme son nom l'indique, une fois qu'on a l'œuvre sous les yeux, il s'agit d'un empilage monumental de tout le papier, imprimé, acheté, distribué, lu et jeté dans la ville de Bâle. En un mois. Cette méga compression (80 balles de papiers écrabouillés) date de 1996.

En arrivant je lui ai trouvé un aspect très jauni. Normal, 12 ans d'âge… Puis au détour d'un bloc mon œil fut attiré par un détail :

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Puis ça :

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Je suis retourné vers le petit écriteau installé près de l'œuvre - et des extincteurs, dès fois d'un plaisantin décide faire un feu de joie – et j'y ai lu : «Installation monumentale et éphémère réalisée par César et revisitée par Jean Nouvel…».

J'avoue que cela m'a laissé perplexe. Fallait-il recomprimer des paquets pour «refaire» une œuvre «éphémère» ? Je me prends rarement la tête avec le sens et la signification profonde des œuvres, le pourquoi et le comment des choses – j'aime, ou je n'aime pas, avec mes yeux, mes neurones qui pétillent, voire mes tripes et cela ne va plus loin - mais là, sur ce coup, je me suis dit que Jean Nouvel avait été un peu loin.

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Jean Nouvel a «banalisé»l'œuvre de César en la simplifiant d'un coup, puisqu'il suffit d'écrabouiller des TV Mag et autres dépliants Carrefour récupérés certainement chez les gros rotativistes, quasiment la vieille de l'ouverture de l'exposition (le 8 juillet)…

Le lendemain, on m'a raconté l'histoire de Berlusconi qui a fait cacher le sein d'un femme représentée sur l'œuvre de Tiepolo qui sert de toile de fond à la salle de presse du Conseil italien. Cela faisait désordre sur les photos prises pendant les conférences. Un coup de peinture sur l'œuvre, et hop… C'est du même tonneau.

Comme moi, quand je prends un vieille photo d'art des années 50 et que j'y colle 2 bulles à la con.

Moi, je vous dis, l'Art part en couille.

•••

César
Anthologie par Jean Nouvel
8 juillet – 26 octobre 2008
à la Fondation Cartier

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Commentaires
I
MARIEAUNET > Ah, oui, ça c'est concept une expo d'installations représentant des cabinets avec divers empilements à l'intérieur (journaux, livres, affichettes, godes, PQ de toutes les couleurs, nains de jardins…). Je vois d'ici la scénographie : un grand couloir avec une série de portes. Chaque porte ouvre sur un chiotte ou tu peux admirer l'accumulation. Sauf quand le chiotte est occupé… Titre le de l'expo : Petits coins d'Art… ©imposture 2008
M
Mae: je suis entièrement d'accord avec toi...je ne le sais que trop que la restauration est une discipline rigoureuse, j'aurais bien aimé suivre cette voie là qui malheureusement est trop scientifique pour moi...<br /> Pour ce qui est de l'urinoir de Duchamp c'est encore un autre problème. Le propos de Duchamp sur le ready made, me fait dire que l'objet exposé, ici l'urinoir, n'a aucune valeur en soit, il en a une en tant qu'objet exposé dans le cadre muséal. Sorti de ce cadre là, c'est qu'un urinoir. Je pense que Duchamp l'aurait remplacé sans scrupule. L'acte de casser l'urinoir participe au propos de Duchamp et je trouve intéressant qu'il ai eu lieu, qu'il fasse partie de l'histoire de l'oeuvre, et il est encore plus interessant que ce ne soit plus l'urinoir d'origine.<br /> Bon l'exemple de la joconde n'était pas judicieux, il était tard hein. Je voulais juste dire que de laisser se dégrader cette oeuvre de César n'est pas au fond aussi problématique que de laisser se dégrader un tableau. Ce n'est pas une oeuvre créée pour durer. il s'agit de périodiques, un périodique que l'on achète que l'on accumule, que l'on jette, que l'on brûle qu'on va foutre au fond de la caisse du chat. En même temps remarque, vu qu'il y a accumulation de mag pourquoi ne pas en avoir de datés d'aujourd'hui finalement...on entasse sans cesse, dans un siècle tous les magazines de l'oeuvre auront été remplacé par des nouveaux...comme ma pile de mag dans mes chiottes dis donc.<br /> bon allez je me casse je dis n'importe quoi.<br /> ciao
I
MAE > Pour un samedi matin à 10 h à peine, pff, ça vole haut derrière le paravent. Finalement, il faut que je refasse la déco plus souvent…<br /> bon voyage Catgirl, et bonne lecture ^_^
M
Tiens, un comment du master des lieux m'a précédé... (j'écris lentement).<br /> <br /> On se rapproche donc assez sur ce point je vois.<br /> <br /> (et je vais le dire au monsieur que t'a arraché du papier! je vais le dire à branzi, qui va le dire à puttman, qui va le dire à chirac, qui va le dire à nouvel!)
M
Oui? Bon... le tout est de ne jamais cesser de se questionner et de ne rien tenir pour acquis.<br /> <br /> La démarche de Jean Nouvel n'est qu'un point de vue, mais on peut se demander pourquoi il s'y est engagé.<br /> <br /> Et pour cela, revenir à l'origine de l'oeuvre: César s'est quand même donné la peine de sélectionner ces déchets en particulier, sur un espace-temps donné, les a ordonné de manière particulière (ou pas justement)...etc, etc. Et tout ça à mettre en relation avec son oeuvre global.<br /> <br /> Je ne vais pas développer plus avant car je n'ai pas le temps, mais je réfléchirai à tout cela dans le train car ça me stimule de me pencher de nouveau sur ce type de questionnement propre au travail d'historien de l'art.<br /> J'ai pas mal d'idées qui me viennent, mais je vais procrastiner sur ce coup.<br /> <br /> Le premier parallèle qui me vient à l'esprit, si ça vous intéresse de voir ça, c'est l'oeuvre de Joseph Beuys. Une démarche d'oeuvre/performance avec des matériaux par forcément pérennes (chaise et graisse), qui parfois nécessitèrent des restaurations particulières (piano et feutre, Beaubourg).<br /> <br /> En ce qui concerne la dernière interrogation de Marieaunet, il faut savoir que la restauration d'une oeuvre d'art est une discipline scientifique<br /> très règlementée, très rigoureuse, dont l'appréciation ne dépend pas de notre subjectivité, de nos émotions face à une oeuvre particulière. Mais évolue grâce au travail scientifique des chercheurs, conservateurs, archéologues, restaurateurs...etc. <br /> On pourrait repeindre les cathédrales comme elles l'étaient à l'origine, mais on ne le fait pas. (Amiens a choisi d'illuminer la sienne plutôt)<br /> <br /> L'étude de l'art est une science, comme les maths! <br /> Ce qui n'empêche pas d'avoir son opinion et de trouver des oeuvres "moches" ou "belles". :-)<br /> C'est en se mélangeant les cerveaux qu'on fait avancer le schmilblik...<br /> <br /> Sur ce, amis du jour, bonjour!
Derrière le Paravent Suèdois
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