Derrière le Paravent Suèdois

Derrière le Paravent Suédois se cache un imposteur qui se fait passer pour une imposture… Donc zéro + zéro égal la tête à Toto…

10 août 2008

Postiches et neuf reines…

J'ai déjà évoqué ici mon goût prononcé pour les films d'arnaques et de braquage. Double séance de rattrapage ces derniers jours avec 2 films de genre.

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Le dernier gang, qui «s'inspire» de l'histoire du gang des postiches. Ce gang commit une vingtaine de braquages dans les années 80 avec un mode opératoire qui ne pouvait que finir au cinéma : ils débarquaient déguisés avec perruques et moustaches ; une moitié du gang tenait en otage les clients et le personnel de la banque, l'autre moitié s'installait dans la salle des coffres pour les ouvrir méthodiquement et tranquillement. La bande disparaissait alors dans la nature avec billets, lingots et bijoux… La légende raconte qu'il pouvait faire plusieurs banques dans une même journée. Le film est sympa, bien mené avec une bonne reconstitution de la fin des années 70 et les années Mitterrand. Vincent Elbaz est plus que crédible en chef de gang. Du bon spectacle !

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Mais ce qui est plus intéressant avec ce film, c'est la remise en lumière de ce fait divers de plus de 20 ans et de son principal protagoniste : André Bellaïche. Le film «s'inspire librement» des faits. Et pour cause ! Le  cerveau du gang n'a jamais été officiellement désigné, jugé et condamné. Alors que tout le monde (juges, flics, politiques, médias) sait que c'est lui : André Bellaïche. Il a certes été arrêté, jugé et condamné à 10 ans de prison mais pour d'autres chefs d'accusation et acquitté d'une peine de mort par contumace. Il est libre depuis une dizaine d'années, tient commerce de CD et Dvd dans Paris, vit toujours avec sa femme compagne de cavale pendant 12 ans, et vend maintenant «son» histoire dans un bouquin au titre tordu, Ma vie sans postiche. Il fait les plateaux TV avec une dialectique d'embrouille rare et ne comptez pas pour qu'il vous dise si oui ou non il était du gang. Fascinant et inquiétant sur les failles d'un système judiciaire qu'un «cerveau» a fini par enfumer. (allez faire un tour sur DailyMotion).

Quant au butin caché des braquages ? Mystère…

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Neuf Reines, de Fabián Bielinsky. Un petit bijou du cinéma argentin sorti en 2000 et qui a raflé un paquet de prix, dont le Grand Prix au festival du polars à Cognac en 2002. Le pitch est simple : 2 petits arnaqueurs se rencontrent par hasard à la suite d'une embrouille qui tourne mal dans un station service. Ils s'associent 24 heures pour monter une grosse arnaque : vendre Les neuf Reines, un planche très rare de 9 timbres à un collectionneur de passage à Buenos Aires. Qui baisera qui ? C'est tout le principe de ce genre de film…

Est-ce parce que j'aime trop ce type de films et leurs modes d'écriture que j'ai deviné au bout de 15 minutes qui allait niquer qui ? Peu importe, et comme Bellaïche ne comptez pas sur moi pour vous vendre la mèche ! Peu importe donc, car je me suis vraiment régalé à voir cette étrange course à la montre à multiples tiroirs, rebondissements, personnages divers et variés. Un truc construit à l'américaine mais qui ne fait pas américain. Un film d'Amérique du Sud, mais qui ne fait pas local non plus. On se laisse totalement embarqué par le propos, les 2 rôles principaux sont remarquablement bien interprétés – avec une petite mention pour le malfrat débutant qui ne se souvient plus pendant tout le film d'un air de Rita Pavone – et la réalisation est au cordeau pour un premier film.


Eh ? c'est quoi déjà la chanson… ?
Ah oui, Rita Pavone !

Il ballo del mattone.

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20 avril 2008

Le bon film du dimanche

Dans Bullitt, la musique jazzy de Lalo Schifrin accompagnait de son swing désinvolte les tribulations de Steve Mc Queen à San Francisco, vêtu des impers et pantalons les plus classes, au volant de sa Ford Mustang GT coupé…

Jean-Paul Rouve s'offre un hommage clin d'œil au chef d'œuvre de Peter Yates. Sans arme, ni haine, ni violence démarre sur un générique à la Mannix illustré par un remix de la musique de Lalo Schifrin. Bullitt date de 1968, soit à peine 8 ans avant le fameux casse du siècle, et est en quelque sorte contemporain d'Albert Spaggiari, le «cerveau» du dit casse.

Spaggiari ! Fascination et mystère. À l'époque des faits, j'étais ado et cette histoire de types creusant un tunnel pour accéder à la salle des coffres de la Société Générale de Nice, s'y installant tout un week-end, avec eau, électricité, cuisine et chalumeaux pour défoncer les coffres et repartir le lundi matin, avant l'ouverture, avec 50 millions de francs de l'époque, m'avait séduite, presque fait marrer. Tellement énorme !

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Tout est énorme chez Spaggiari. Sa mythomanie… et son désespoir. Et c'est c'est précisément l'angle que retient Jean-Paul Rouve dans son film. Moins de montrer l'exécution du casse que tout le monde connaît tellement on a raconté, filmé, et écrit sur le sujet. À commencer par Spaggiari lui-même…

Rouve tente de cerner la personnalité de ce fameux «cerveau». Un homme presque sorti de nulle part, ex-para, ex-taulard, ex-membre de l'OAS, ex-employé chez Fichet-Bauche – ça aide un peu quand même – , alors petit photographe de mariages dans les environs de Nice et qui décide, un beau matin, de faire son «tube» à lui. Le casse du siècle. Il va le vendre à la mafia locale qui lui donne les moyens techniques et humains pour le «produire» : 3 (ou 6, selon les sources) mois de travaux pour creuser le tunnel, une équipe d'une quinzaine d'ouvriers complices équipée comme une entreprise de BTP avec une organisation militaire. Où sont passés les 50 millions ? mystère encore à ce jour. Quel parrain de la mafia l'a financé ? mystère toujours…

Un homme parti de nulle part qui finira nulle part.

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Rouve se concentre sur un épisode supposé de la cavale de Spaggiari en Amérique du Sud, où un reporter de Match le retrouve pour lui proposer 8 pages d'exclu et la Une. Rouve/Spaggiari revit, retrouve de sa superbe du temps où il sautait du bureau du juge en plein interrogatoire, faisait le fanfaron lors d'une reconstitution ressemblant plutôt à un show, ou interviewait Ronald Biggs, son collègue anglais, auteur de la fameuse attaque du train postal de Glasgow-Londres en 1965, l'autre casse du siècle…

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Rouve est juste. Juste Spaggiari. Regardez les photos de l'époque et les quelques interviews accordées… La réalisation est soignée, propre avec une reconstitution «seine» des années 70. Sans artifice appuyé, sans en faire des tonnes dans le stylisme, la musique ou la lumière comme c'est trop souvent la tendance. La seule fantaisie que s'offre Jean-Paul Rouve est donc ce fameux générique opérant comme une machine à remonter dans le temps pour propulser le spectateur 30 ans en arrière, d'un coup, balayant ainsi tous les effets de mise en scène pour se concentrer uniquement sur les rapports humains, la psychologie finalement insondable de son personnage…

Rouve/Spaggiari dévoile alors quelques détails du casse. Le doute s'installe. Véritable «cerveau» ? mythomane complet ? simple pion looser manipulé par la mafia ? ou alors véritable génie qui brouillera les pistes jusqu'à sa mort…

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Il semble acquis qu'Albert Spaggiari a passé un grande partie de sa cavale planqué dans un chalet en Italie. Il est mort d'un cancer en 1989 et sa compagne a ramené son corps en France dans une caravane.

Rouve/Spaggiari vit dans une HLM en Amérique du Sud et ne se rend dans un palace que pour épater un journaliste de Match.

Quelques temps après le casse, Albert Spaggiari est parti aux USA pour proposer ses services à la CIA, comme génie monte-en-l'air… il ne l'ont pas vraiment pris au sérieux malgré une assez belle référence. Dommage, si ça se trouve, aujourd'hui il pourrait être au soleil, sur une plage de San Francisco à siroter une coupe de champagne, son havane au bec… Avec Lalo Schifrin en fond.

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Lalo Schifrin
Bullitt, Main Title (Movie Version)

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