En 30 ans, au moins 4 réacteurs nucléaires civils sont entrés en fusion : Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima. Pourtant «statistiquement» le CEA affirme sur son site qu'«un accident grave est défini comme l'événement hypothétique (probabilité : 0,0001 reacteur/ans) au cours duquel le coeur fondrait».

Les centrales nucléaire ne produisent pas d'énergie atomique. Elles s'en approchent juste et la nature se «venge». De quoi s'agit-il ? La matière est énergie. Les atomes qui la constituent sont des paquets de particules liées entre elles par une énergie. Lorsqu'un verre tombe, il se brise car en percutant le sol il se heurte à une énergie incommensurablement supérieure. Une partie de l'énergie liant les molécules du verre se libère et provoque sa rupture en morceaux.

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L'énergie liant les particules est celle de l'univers, et la rompre, c'est-à-dire séparer intégralement toutes les particules, est impossible. Pour l'instant. Dans un réacteur nucléaire on se contente de casser des verres. Sauf que les morceaux de verres sont des erreurs de la nature : des paquets de particules désordonnées, partiellement amputées de leurs énergies et qui, pour se «venger», émettent une onde d'énergie, la radioactivité, et déclenchent une réaction en chaine.

La radioactivité est pourtant naturelle. Elle résulte d'infinitésimaux accidents nucléaires : des atomes qui s'échappent en permanence de tout et émettent une onde avant de se stabiliser dans une autre forme. Grosso modo, la radioactivité est liée à la masse de l'atome, c'est-à-dire le nombre de ses particules, et au désordre provoqué. Les éléments résultant d'une fission nucléaire dans un réacteur ne sont pas naturels, sont «lourds» et salement désordonnées. Leur quantité de radioactivité est alors extrêmement élevée et le désordre tellement intense qu'il leur faut des centaines d'années pour retrouver une stabilité. Le problème est que cette très haute radioactivité provoquée par l'homme dure non seulement des siècles, mais tue aussi.

Que peut-il se passer à Fukushima ? l'accident gravissime, la fameuse fusion du réacteur ? Personne ne le sait pour une raison simple : ce n'est jamais totalement arrivé. De quoi s'agit-il encore ? La réaction en chaine échappe à tout contrôle car on ne lui oppose plus une énergie, à savoir la consommation d'électricité. La seule énergie opposable en secours est alors thermique : refroidir par tous les moyens le réacteur. Quand ce n'est plus possible, la réaction s'emballe, la température monte et agite encore plus les particules. Cet immense désordre provoque un magma proche des 3000°C qui trouera facilement le réacteur puisque l'acier fond vers 1500°C. Ce magma, joliment appelé Corium, est hautement radioactif. Personne ne sait ce qui se passe si il rentre en contact avec le sol, le creuse tel un volcan inversé et rencontre la nappe phréatique causant des dégâts beaucoup plus catastrophiques que ce qui est répertorié à ce jour. On le sait tellement bien que c'est l'objet du programme de recherche Plinius du CEA et que le nouveau réacteur ERP de Areva est équipé d'un «bac de vidange» au cas où… Inutile de préciser qu'aucun réacteur en France (et ailleurs à ma connaissance) est équipé de ce dispositif. Normal, nous étions tellement convaincus que cela n'arriverait pas…

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Et si le canal de décharge est bouché ? Ça ne peut pas arriver. Bon, Ok…

La notion de risque soit-disant infiniment peu probable a-t-elle un sens ? Au-delà du fait que cette vision probabiliste est mathématiquement fausse (4 ou 5 débuts de fusion en 30 ans, 2 catastrophes majeures sur 3 dues à une erreur humaine) cette appréciation statistique est «philosophiquement» (je ne trouve pas d'autre mot…) aberrante. Elle oppose une pseudo probabilité infiniment petite - et fausse - à un risque qui peut être infini. L'opposé de deux infinis, où l'homme dans sa vanité suprême, imaginerait de maitriser l'immaitrisable : l'agitation des particules, l'énergie de base, celle qui ordonne notre univers.

Imaginons qu'aujourd'hui des entreprises soient obligées depuis des générations de surveiller des déchets ultra dangereux que nous auraient laissés les Romains. N'en voudriez-vous pas aux ingénieurs de Jules César d'avoir non seulement pas su se débarrasser définitivement de ces saloperies mais surtout d'avoir misé sur les générations futures qui trouveraient forcément la solution puisque la science progresse toujours. Juste que c'est l'homme qui la fait progresser. Ou pas. Cet héritage existe déjà. Des zones de no-man's land de plusieurs centaines de kilomètres carrés autour de Tchernobyl et Fukushima demain, des tombeaux de déchets hautement radioactifs pour des siècles que des générations et des générations devront contrôler et recontrôler…

Sortir définitivement du nucléaire est impossible. Les arguments avancés pour ne pas sortir de l'énergie nucléaire, à savoir la consommation croissante et les inconvénients des autres énergies, sont exactement ceux qui furent avancés il y a 50 ans pour justifier le choix du nucléaire. Les sommes astronomiques et incroyables moyens humains dédiés à ce projet, prouvent que quand une volonté politique existe, la machine, pour ainsi dire se met en route. La remettre en route sur 20, 30 ou 40 ans pour remplacer nos centrales par des solutions alternatives relève rigoureusement du même projet politique, collectif, industriel et économique. Non, ce qui nous empêchera de sortir du nucléaire est purement de l'ordre de la vanité. Pourquoi cet animal qu'on appelle l'homme jèterait aux oubliettes de l'histoire un ensemble de technologies où il peut caresser l'énergie absolue ? Des moyens où il croit tout maitriser et être au dessus de la nature. Un pouvoir quasi divin…

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PS : Bonne nouvelle ! Deux chercheurs allemands viennent de montrer qu'il y avait une erreur d'interprétation du calendrier Maya. Il ne s'arrête pas en 2012, mais en 2116. La fin du Monde est repoussé de plus de cent ans. Bref, juste le temps de faire d'autre conneries…

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Bon dimanche !

 Édit du 21 mars 2011 : lire le jour du penseur de Nicolas Bordas "Et s'il fallait prendre l'impossible pour certain ? "


[Schéma récupérateur Corium in Magazine Repères de l'IRSN, N°4 janvier 2010]