Bon, longtemps que je ne vous avais pas pondu une grosse tartine. Allez, c’est dimanche et comme je ne vais pas à la messe, on y va, pour trois séances de cinématographe…

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J’ai la fâcheuse tendance à stocker les dvd et je dois en avoir une trentaine que je n’ai pas encore eu le temps de visionner. Surtout maintenant que les prix ont chuté et que sur les marchés ou les vides-greniers on en trouve à 6 ou 8 euros, voire moins… Hier, je suis passé à la fnac, et paf, je n’ai pas pu résister. Acquisition de Shaun of the Dead sorti en 2004.

Le film de zombies a été inventé par le génial Georges A. Romero qui a signé le chef d’œuvre, fondateur du genre, La nuit des Morts-Vivants (1969). Après il y a en eu des wagons, plus ou moins réussis.

Avec Shaun of the Dead, Edgar Wright et Simon Pegg, co-auteurs du film, signent un renouveau du genre. C’est à la fois un hommage clair et net au film de Romero, mais une nouvelle lecture en introduisant une couche unique, celle de la nouvelle comédie anglaise, ce cinéma à l’humour typique et à la réalisation déjantée de Petits meurtres entre amis à Snatch…

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Shaun vit en colloc avec son vieux pote Ed dont l’unique préoccupation est de rester avachi devant sa PS2. Shaun s’emmerde dans son boulot de vendeur de TV, ne supporte pas son beau-père et vient de se faire larguer par Liz. Un soir, après une bonne cuite, il décide, a) de rendre visite à sa mère et dire les 4 vérités à son beau-père, b) reconquérir Liz et c) reprendre sérieusement sa vie en main. Sauf qu’au petit matin, Londres et la banlieue de Shaun sont envahis par des zombies… Shaun va-t-il réussir à mener à bien ce plan tout en dégommant un maximum de zombies ?

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Ce film est jubilatoire. Les personnages traversent cette histoire épouvantable avec un détachement so british et une forme de désinvolture à mourir de rire. Ils passent leur temps à discutailler, s’engueuler, alors qu’ils sont cernés par des centaines de cadavres. Ce film dose avec intelligence comédie et séquences gores qui ne le sont pas tant que ça, et très bien faites d’un point de vue technique…

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Une excellente comédie que je recommande pour ceux qui ne l’ont pas vue. Pour la petite histoire, Edgar Wright et Simon Pegg signent depuis 1999 une série visiblement culte en Angleterre, Spaced et sortent un nouveau film en février 2007, Hot Fuzz, avec leur acolyte Nick Frost. Serait-ce les nouveaux Monty Python Trashs ? À suivre…

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Shaun of the Dead – 2004
Réalisé par Edgar Wright
Écrit par Edgar Wright et Simon Pegg
Avec Simon Pegg, Kate Ashfield, Nick Frost,
Lucy Davis, Dylan Moran, Nicola Cunningham…

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Le cul devient-il un argument marketing pour troubler les médias ? Quand j’ai lu à droite et à gauche au sujet de Shortbus, des trucs du genre un mélange rafraîchissant de sexe et de rock, une comédie intelligente qui donne envie d’aimer tout le monde et qui ose des scènes de sexe non simulées, je me suis dit : oh oh !!! Et en plus le réalisateur a signé un clip des Scissors Sisters… Aaah !

Le début de ce film est surprenant et joyeux. C’est Gondry au pays du X. Magnifique travelling aérien d’ouverture sur un gigantesque New York reconstitué en carton peint avec fenêtres découpées et petites ampoules à l’intérieur. C’est magique. Du Gondry, je vous dis.

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La caméra vole sur Big Apple et se dirige vers un bloc, une fenêtre et pénètre dans l’appartement. James est dans son bain et se filme le sexe. La caméra reprend son envol et arrive dans un autre appartement. Sofia s’envoie en l’air avec son homme. C’est bruyant et parfaitement explicite. La caméra re-décolle, survole des immeubles en carton et arrive vers une zone vide, un grand rectangle. La caméra s’introduit dans un appartement et atterrit sur le bord de la fenêtre : alignement de godemichés, en premier plan l’amorce d’un intérieur chic et en arrière plan la réalité de ce rectangle : le chantier de Ground Zero, là où étaient les Twin Towers. Severin, call-girl spécialisée en SM s’occupe d’un client menotté. Il y a un Jackson Pollock, accroché au-dessus de la tête de lit.

John Cameron Mitchell, le réalisateur, nous offre alors un montage parallèle pour présenter les protagonistes. James est homo, déprime, prépare son suicide et malgré l’amour de son compagnon, Jamie, il se referme sur lui-même. Sofia est sexologue et n’a jamais eu d’orgasme. Severin n’aspire qu’à une chose avoir une relation normale avec un homme, un amour simple et sincère. James se livre à une séance de yoga avec auto-fellation, Sofia «s’éclate» et le client de Severin rajoute une tache sur le Jackson Pollock au-dessus du lit.…

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Après ces 10 minutes jubilatoires d’ouverture, on suit nos 3 protagonistes qui se retrouvent régulièrement au Shortbus, un lieu underground, mélange de bar, salle de concerts et boîte à partouzes. À partir de là, le film s’enfonce dans un ennui épouvantable, malgré quelques scènes de comédies. Dommage, car le pitch était bon pour faire une excellente comédie, où paradoxalement les 3 ou 4 séquences totalement X du film pouvaient être justifiées car plutôt marrantes (Sofia essaie un vibro dans sa salle de bain un peu étroite, 3 homos chantent l’hymne américain tout en se… Enfin, bref.), mais voilà, le scénario souffre.

La comédie est poussive à s’installer et il fort à parier que c’est le processus d’écriture du film qui en est à l’origine. John Cameron Mitchell a demandé à ses comédiens de participer à l’écriture, ce qui peut être compréhensible compte-tenu de ce qu’ils allaient devoir faire devant la caméra… Malheureusement ce travail collectif n’a pas permis de dégager une ligne d’écriture plus ferme, plus tenue, plus hollywoodienne finalement, comme le revendique d’ailleurs le réalisateur.

Du coup le film oscille entre peinture au vitriol de la Société américaine et un portrait nombriliste des milieux alternatifs de New York. Résultat ambigu porté par un final mélo gnian-gnian. Dommage…

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Shortbus – 2006
Réalisé par John Cameron Mitchell
Écrit par John Cameron Mitchell et une partie des comédiens
Avec Sook-Yin Lee, Paul Dawson, Lindsay Beamish,
PJ DeBoy, Raphael Barker, Peter Stickles, Jay Brannan, Justin Bond…

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Il y a des réalisateurs dont on a compris en juste 2 films qu’ils seront des grands. Guillaume Canet, 33 ans, est de cette trempe, celle de ceux qui ont le cinoche qui coule dans les veines. Après le remarquable Mon idole, réalisé en 2002, Canet nous livre avec Ne le dis à personne, son deuxième film, un thriller étouffant.

Alex et Margot s’aiment depuis toujours et grave tous les ans sur un arbre, près d’un étang, une barre sous un cœur entourant A+M. Ce soir-là, après une baignade, tout bascule. Margot se fait sauvagement assassiner et Alex est frappé et assommé. Plusieurs jours de coma. 8 ans passent. Alex reçoit un jour un mystérieux mail qui lui donne le lien d’une web camera filmant un lieu public. Il voit alors Margot, vivante, en direct qui lui fait un signe de la main… Que s’est-il vraiment passé ? Margot est-elle morte ou vivante ? qui a tué qui ?

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Tout est oppressant, confus, tordu et sombre dans ce thriller brillamment interprété par un casting royal : François Cluzet sous tension, François Berléand en flic tatillon et malin et surtout André Dussollier, en gendarme bourru et alcoolique, prestation inhabituelle des registres où il évolue…

Mais il ne s’agit pas que d’un très bon thriller avec «deux» dénouements, mais aussi d’une belle histoire d’amour. Et c’est en ça que Guillaume Canet donne au genre une autre lumière, moins sombre… Même si les derniers plans sont un poil… Je vous laisse juger.

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Guillaume Canet est un bon, c’est certain. Producteur, auteur, dialoguiste, réalisateur et acteur (il s’est réservé un rôle, je ne vous dis pas…), il a arraché à Hollywood les droits du bouquin pour en faire son thriller qui n’a rien à envier un film américain. Guillaume Canet n’est pas un inconnu à Los Angeles et ce qu’il a tiré du livre de Harlan Coben, que cela finisse par intéresser des players, cela ne me surprendrait pas…

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Ne le dis à personne – 2006
Réalisé par Guillaume Canet
Écrit par Guillaume Canet et Philippe Lefebvre
D’après le roman de Harlan Coben
Avec François Cluzet, Marie-Josée Croze, André Dussollier, Kristin Scott Thomas,
François Berléand, Nathalie Baye, Jean Rochefort, Guillaume Canet…

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