Il y a des films que l’on voit, que l’on aime et que l’on oublie. J’avais programmé de faire une cure de cinéma en cette fin de semaine de petites vacances, et puis finalement, paresse, envie de profiter des rues de ma citée royale, de mes dvd, des CD achetés en promo à la Fnac (rappel : une sélection monstrueuse de classique en pop, jazz et variété, 6,99 € le bout, 3 achetés, le 4e offert si vous êtes adhérent. Inutile de vous dire que je me suis un peu lâché…).

Bon, Revenons à la première phrase de cette note.

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Il y a un procédé de conception d’histoires et de narration, que j’affectionne particulièrement, c’est le système des voies parallèles. Cela doit avoir un nom académique, mais moi, je l’appelle comme ça. Vous prenez 3 ou 4 personnages (plus il y en a, plus c’est difficile, mais si c’est maîtrisé et nourri, c’est jubilatoire), vous les développez, collez sur chacun une intrigue, racontez ça en parallèle donc, et vous croisez les voies de temps en temps pour former un tout, à la fin généralement.

Lelouch est notre spécialiste national de ce procédé, sauf que je n’aime pas, c’est trop souvent gnian-gnian, ampoulé et frise souvent le ridicule. Quand je suis sorti du cinéma l’autre soir, j’ai surtout pensé à Robert Altman et parlé de son Short Cuts (1993). Cela dit, c’est plutôt flatteur pour Nicole Garcia dont son Selon Charlie est, je crois, son premier film que je vois en tant que réalisatrice, l’actrice ne m’ayant pas vraiment marqué, si ce n’est un vague souvenir dans Péril en la Demeure (1984, Michel Deville)…

J’ai donc aimé les 2 heures passées dans la salle de cinéma. Voir quelques-uns de nos plus brillants comédiens, parfois cabotiner, c’est le drame de Jean-Pierre Bacri qui est pourtant remarquable, Benoît Magimel qui a pris un peu de bide, mais putain ce qu’il est bon, Vincent Lindon, plus vrai que nature et l’impressionnant Benoît Poelvoorde, une gueule et un grand acteur…

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Jean-Pierre Bacri dans le rôle de Jean-Pierre Bacri dans le rôle du maire…

J’ai donc aimé 2 heures de numéros de comédiens et d’une réalisation impeccable… Et puis… Et puis, je suis sorti de la salle. J’ai repensé quelques instants à ces histoires, ces voies parallèles, ce maire, ce chômeur, ce professeur de SVT, ce délinquant à la petite semaine, cet enfant, cet archéologue et ce jeune joueur de tennis… Et puis, allez savoir pourquoi, le plan-séquence ahurissant d’ouverture du Player (1992) d’Altman m’est revenu à l’esprit, puis ses voies parallèles, son Short Cuts, donc…

Nicole Garcia a pourtant réalisé un film propre, mais il manque le petit truc, le petit machin qui fait que le tilt se prolonge quand la lumière se rallume. Est-ce parce qu’il y a une voie de trop (l’histoire du joueur de tennis ne raccorde pas, quoique, en y réfléchissant…), est-ce parce les imbrications entre certaines voies sont trop artificielles, sans contenu, hormis le hasard d’un aiguillage, est-ce parce que d’autres voies se croisent trop pour ne former qu’une seule ? Il manque un wagon dans le truc…

Les voies parallèles sont des chemins délicats à emprunter. Nicole Garcia s’y est juste aventurée avec un véritable talent de direction d’acteurs et de maîtrise technique. Mais le fait qu’elle me fait penser à Altman, ce n’est pas si mal que ça finalement…

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Sweety est définitivement prise par la Bretagne. Pour me changer les idées, je suis parti en Normandie avec Tom Hanks et Steven Spielberg. Ces deux-là s’étaient croisé sur Soldat Ryan (1998), film de guerre dont les 20 premières minutes (et aussi la bataille finale) sont d’une intensité visuelle et émotionnelle rare.

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- no comment -

Et même si Kubrick avait ouvert la voie avec Docteur Folamour (1964) et Full Metal Jacket (1987), la grammaire et la technique de mise en image des films de guerre et définitivement marquée par le film de Spielberg : chromie limitée et lavasse, grain poussé, réalisme extrême des impacts de balles, obus et mortiers, bruits métalliques ou sourds, éclats copieux de terre et de pierres, cadrages tremblés, mauvaise cadence des images, plans violents et confus, tactique militaire détaillée, mouvements, signes des mains, termes techniques, etc. Si vous n’avez pas fait votre service militaire, c’est parfois limite incompréhensible…

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il n'y a pas de Central Perk en Normandie…

Depuis 2 jours, je suis plongé dans le somptueux coffret de Band Of Brothers (2001), une mini série TV produite par Hanks et Spielberg pour prolonger et développer l’hommage à ces types qui nous ont finalement libérés et mis fin à la seconde guerre mondiale. Band Of Brothers raconte l’histoire de la Easy Company, une troupe de parachutistes, engagés volontaires, qui vont tout se «farcir» du D-Day à la libération des camps en passant par d’autres enfers, dont celui des Ardennes.

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Cela beau être de l'air comprimé, avec le Dolby, c'est effrayant…

Cette série est tout simplement remarquable. Chaque épisode porte un double focus. Un point sur l’Histoire, l’évolution des troupes depuis les plages de Normandie et les enjeux stratégique et tactique. Et un point sur une histoire, plus exactement un personnage. Une fois c’est le capitaine, une autre fois le docteur, puis un simple soldat, etc. Encore le système des voies parallèles. Garcia m’a fait penser à Altman. Band Of Brothers, par sa construction narrative rappelle fortement un roman-reportage, le bouquin de Blaise Cendrars (encore lui…), La main coupée, témoignage ahurissant sur l’enfer des tranchées. D’ailleurs, à quand un film ou, mieux, une série inspirée de ce livre ?

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Puisqu’on est sur les séries, c’est la rentrée et la presse news et TV nous bombarde de papiers sur ces fameuses séries qui cartonnent et vont cartonner : 24 heures, Prison Break, Desperate Housewives, Lost, Nip/tuck (j’ai lu quelque part que Catherine Deneuve aller y jouer. Pour se refaire les seins ?), etc, etc.

Vendredi, je passe à la Fnac et fait un tour aux dvd. 3 mètres de linéaires uniquement consacrés à des coffrets de dvd de séries. J’ouvre mes Première, Studio et autres magazines de culture & rock, et hop ! Que des papiers sur l’engouement des séries, sur ces nouveaux «makers» de la TV qui vont devenir les rois d’Hollywood…

Mouais… Ne confondons-nous pas dans tout ça le bruit et le fond ? Certes il y a bien un boom des séries TV, mais il est plus la résultante du boom des canaux : TV, câbles, satellites, Internet, dvd, presses, autant de robinets qui déversent ces fameux nouveaux concepts de séries, souvent très bien réalisées avec des moyens dignes, voire plus, du cinéma. Maintenant est-ce vraiment un nouveau phénomène ?

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Lost in Normandie ?

Les séries font partie de la culture de masse depuis que la TV existe. Sauf que du temps des Mission impossible, Mystères de L’Ouest, Mannix ou autres Chapeau Melon et bottes de cuir et Prisonnier, il y avait moins de chaînes, moins de canards, pas d’émissions sur le sujet, et encore moins de dvd et d’Internet. Pourtant ces séries cartonnaient autant, au point de devenir cultes aujourd’hui. Quant aux passerelles entre TV et cinéma, flash-back :

Steve Mc Queen ? l’acteur le plus classe d’Hollywood débute à la TV, fameux Joss Randall (1958). Clint Eastwood ? un des plus grands réalisateurs américains, fait ses premiers galops dans Rawhide (1959). Spielberg, ses premières réalisations ? des séries TV dont un Columbo (1971) avec Peter Falk, acteur clé des films de John Cassavetes… Jeff Goldblum, la mouche tragique et le scientifique de Jurassic Park, ex-privé à 2 balles dans l’hilarante série Timide et sans complexe (1980). Pierce Brosnan alias 007, ex-escroc détective dans Remington Steele (1982). Bruce Willis débute en détective dans Clair de Lune (1985). Johnny Depp, capitaine Jack Sparrow, après s’être fait découper par Freddy, obtient son statut de star des gamines grâce à la série 21 Jump Street (1987). George Clooney qui est abonné depuis 10 ans aux nanards et séries Z, devient charismatique et éblouissant en passant aux Urgences (1994)…

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La vie, les tendances et les modes ne sont que d’éternels recommencements, des voies parallèles qui se croisent et se recroisent régulièrement. Disons qu’il y a plus d’aiguillages maintenant…

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